Crédit photographique : SGA

La Compagnie des Indes 1721-1770

Du XVIe au XIXe siècle, les Compagnies des Indes permettent aux États européens de démultiplier leurs échanges maritimes avec l’Asie et de se placer au centre de l’économie mondiale.

Leur commerce est à l’origine de la société de consommation occidentale. Elles transportent les richesses produites sur tous les continents, multiplient les échanges de marchandises et d’hommes, dans des conditions souvent dramatiques. Selon les pays et les rapports de force, elles restent confinées dans des comptoirs ou tentées par la domination coloniale. Leur aventure stimule les destins individuels autant que les flux culturels et artistiques entre les civilisations.

Louis XIV crée en 1664 la Compagnie française des Indes orientales. Jusqu’en 1794, sous la forme de monopoles successifs très conflictuels, elle est au cœur du pouvoir économique et financier du royaume et prend une part décisive dans la compétition internationale qui marque l’essor du capitalisme et de la mondialisation.

Présents sur toutes les mers, leurs vaisseaux et leurs équipages sont, au même titre que ceux de la Marine royale, des instruments majeurs de la puissance navale de la France.

Dans le cadre de l’année des Outre-Mer, le site Mémoire des hommes accueille en 2011 une expérience inédite de coopération entre le ministère de la Défense et des Anciens combattants et l’association des amis du service historique de la Défense à Lorient (ASHDL), unis dans le dépouillement des archives et la création d’outils informatiques permettant leur consultation nominative.

C’est la première étape d’un projet de reconstitution virtuelle du fonds de la Compagnie des Indes, visant à mettre à la disposition des chercheurs, à partir d’une base unique progressivement et méthodiquement structurée, les références et les images numérisées de documents conservés dans de multiples institutions, avec leurs outils de recherche associés.

Partenaires de l’association et du ministère de la Défense sur ce projet, les Archives nationales nous permettent d’ores et déjà d’avoir accès sous forme numérisée, aux journaux de bord des navires de la Compagnie des Indes ayant participé à la traite des Noirs.

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Orientations historiques

Les thématiques associées aux Compagnies des Indes sont foisonnantes. Histoire économique et financière, histoire maritime et stratégique, histoire de la construction navale et de la navigation, histoire des civilisations européennes, africaines, américaines et asiatiques, histoire de la mode, des arts et de la consommation, histoire sociale et des hommes, histoire de la Traite des Noirs…

L’antenne de Lorient du service historique de la Défense conserve une part significative des archives de la Compagnie et acquiert pour sa bibliothèque les parutions françaises et étrangères sur le sujet.

Le musée de la Compagnie des Indes, musée municipal de Lorient labellisé musée de France, installé dans la citadelle du Port-Louis, constitue et enrichit depuis 1966 des collections faisant revivre ce commerce.

Avec les réseaux de recherche universitaire (Université de Bretagne Sud et groupement d’intérêt scientifique d’Histoire Maritime) et la coopération des musées et institutions patrimoniales, aussi bien en France (Musée du Quai Branly, Musée Guimet, Musée des Arts décoratifs, Cité de la Céramique) qu’à l’étranger, ils assurent une production scientifique en relation avec les évolutions historiographiques les plus récentes.

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Archives du port de Lorient

Créé en 1666 comme port d’armement et de construction navale pour les vaisseaux de la Compagnie des Indes, le port de Lorient se voit confier en 1734 les ventes annuelles des marchandises rapportées d’Asie. Il reste spécialisé dans ce commerce jusqu’à la Révolution.

Le Règlement touchant la Marine de la Compagnie des Indes organise méthodiquement dès le 16 septembre 1733 la création, la collecte, la conservation et l’exploitation de ses archives.

Celles-ci garantissent le contrôle de la bonne exécution du service du port de Lorient, de la navigation, de la gestion des ressources humaines, de la formation et de la rémunération des personnels, des expéditions et de la navigation des navires, de la discipline, des armements, du commerce, etc.

Confiés à un dépôt unique des archives du port en 1909, ces documents, ainsi que ceux issus de l’activité de la troisième région maritime, passent en 1919 sous la tutelle du service historique de la Marine, puis en 2005 sous celle du service historique de la Défense.

Les principales sous-séries d’Ancien Régime ont été préservées des bombardements de février 1943, qui anéantissent Lorient et son port au moment le plus intense de la bataille de l’Atlantique. Deux d’entre elles concernent directement la Compagnie des Indes.

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Armements des navires

Au temps de la marine à voiles, un navire n’a pas d’activité permanente. C’est une coque vide que l’on répare puis que l’on équipe de son gréement et que l’on remplit de ses vivres, de ses ustensiles, de son équipage et de tout ce qui est nécessaire afin de mener la campagne prévue. L’ensemble de ces opérations, à la fois matérielles et administratives, prend le nom d’armement. A la fin de la campagne, le navire est entièrement vidé et retourne à son état de coque, c’est ce que l’on appelle le désarmement.

Une première expérience de présentation générale des armements des navires de la Compagnie perpétuelle des Indes a été réalisée en 1994 à l’occasion du colloque international de Lorient sur les flottes des Compagnies des Indes dans le cadre des Ves journées franco-britanniques d’histoire de la Marine.

Les Armements au long cours de la deuxième Compagnie des Indes (1717-1773). Tableaux tirés des sous-séries 1P et 2P. / René Estienne, Vincennes, Service historique de la Marine, 1995, 133 pages.

Parallèlement et à l’issue de son dictionnaire sur les engagés de la Compagnie des Indes, Monsieur Jean-Michel ANDRÉ a mis au point un portail permettant de fédérer l’accès aux multiples sources sur les armements au long cours, quelle que soit leur localisation. C'est ce travail qui est ici accessible.

Les Engagés de la Compagnie des Indes. Marins et ouvriers (1717-1770). / Jean-Michel ANDRÉ, Vincennes, Service historique de la Marine, 2004, 277 pages, un Cédérom.

L’ensemble des voyages de la Compagnie perpétuelle des Indes pour l’Inde, la Chine, l’océan Indien, la Louisiane, les Antilles et l’Afrique y sont représentés. Les liens vers les documents numérisés (rôles d’équipages, journaux de bord, autres documents, etc.) et vers les travaux de dépouillement (tables de l’ASHDL) permettent une reconstitution virtuelle des fonds dispersés par l’histoire ou par des traitements archivistiques inopportuns.

Cette présentation n’est ni exhaustive ni figée. Elle est en perpétuel enrichissement au fur et à mesure de l’avancement des recherches, des traitements et des découvertes de documents.

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Équipages et passagers

La majeure partie des documents conservés à Lorient relèvent de la gestion de ses ressources humaines par la Compagnie des Indes. Celle-ci est un des tout premiers employeurs de personnels qualifiés du royaume : officiers, officiers mariniers, matelots et marins, soldats, engagés, chirurgiens, aumôniers, marchands, ouvriers, responsables administratifs, etc. Ces milliers de salariés sont des acteurs majeurs de la présence française outre-mer sous l’Ancien Régime.

Les documents de gestion du XVIIIe siècle sont surtout collectifs. Les possibilités offertes par les bases de données informatiques et le développement du travail participatif donnent l’opportunité d’avoir un accès nominatif aux informations qu’ils contiennent.

En l'occurrence, Monsieur Jean-Michel AANDRÉ et l’association des amis du service historique de la Défense à Lorient (ASHDL) ont uni leurs efforts pour développer, alimenter et contrôler une base exhaustive de tous les marins et passagers ayant embarqué au XVIIIe siècle à Lorient et sur les navires de la Compagnie des Indes.

Cette base n’est pas achevée. Elle contient aujourd'hui plus de 111 000 enregistrements. Elle est en perpétuel enrichissement au fur et à mesure de l’avancement des recherches, des traitements et des découvertes de documents.

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La partie " Cartes nautiques "

Les expéditions de traite sont des campagnes maritimes d’une durée très longue, où la route suivie est une préoccupation constante. Au cours de l’histoire de la traite atlantique, les principales routes ne subissent guère de modifications. Elles sont seulement plus ou moins empruntées, en fonction des périodes et des circonstances. Les expéditions négrières ne présentent pas de spécificités majeures dans les domaines de la navigation. Ce sont les mêmes pratiques qui interviennent, et les mêmes compétences qui sont requises. La plus grande originalité réside probablement dans la cohabitation d’une navigation au long cours pour l’essentiel du parcours, et du cabotage dans la partie africaine.

Outre leur expérience et leur capacité à naviguer à l’estime, les capitaines négriers ont besoin de cartes, qui se présentent le plus souvent sous forme d’atlas reliés sommairement et composés de quelques feuilles. Quelle que soit leur nationalité, de vives critiques contre les cartographes de cabinet pour les erreurs de latitude et surtout de longitude qui compliquent leurs routes, reviennent constamment sous la plume des marins dans leurs journaux de bord, source essentielle du détail de ces navigations.

Est ici présentée une sélection de cinq atlas de cartographes dont les noms apparaissent fréquemment dans les journaux de bord de la Compagnie des Indes, prouvant ainsi leur utilisation. Le choix s’est en l'occurrence porté sur deux atlas néerlandais du XVIIe siècle, époque à laquelle les Pays-Bas dominent le marché cartographique, et deux atlas français du XVIIIe siècle, qui prennent alors le relais. Ces derniers sont en fait trois volumes, puisque pour le Petit Atlas maritime de Bellin, il s'agit à la fois du volume consacré à l’Afrique (et à l’Asie) et du volume portant sur l’Amérique du Nord et les Caraïbes.

Même si une bonne partie des cartes figurant dans ces atlas n’ont jamais servi lors d’expéditions négrières menées par la Compagnie des Indes, une consultation de ces volumes dans leur intégralité a été privilégiée afin d’offrir une vision d’ensemble à l’internaute. Le choix s’est aussi porté sur des exemplaires de prestige de la bibliothèque du Service historique de la Défense, qui ont bénéficié d’un soin extrême dans leur réalisation, qui explique l’excellent état dans lequel ils se trouvent encore. De plus, les exemplaires des deux atlas néerlandais ont été entièrement aquarellés, ce qui leur donne un cachet certain ainsi qu’une lisibilité particulièrement remarquable.

Site : Mémoire des hommes

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